Claude Zilberberg ·In memoriam·

Claude Zilberberg siguió la semiótica de Greimas, dando un paso más allá y convirtiéndose en la figura más representativa de la semiótica tensiva, junto a Jacques Fontanille, con quien publicó el volumen Tension et signification. Sostuvo que la semiótica debe encargarse de proponer una lista de los posibles más que una lista de los universales. Se ocupó mucho de lo sensible, acaso recordando la definición que diera Kant de la sensación: una magnitud intensiva. Igual que Greimas hizo un diccionario, Zilberberg elaboró un breve glosario de términos semióticos del que hemos escogido algunas de las voces que más hemos usado en el curso de nuestras investigaciones.

Evénement

Dans les Ecrits de linguistique générale, Saussure propose, mais sans la développer, la distinction heuristique: (événement vs état): «Ce n’est peut-être qu’en linguistique qu’il existe une distinction sans laquelle les faits ne seront compris à aucun degré, (…). Telle est en linguistique la distinction de l’état et de l’événement; car on peut se demander si cette distinction, une fois bien reconnue et comprise, permet encore l’unité de la linguistique, (…).» (p. 233). À l’appui de l’intuition de Saussure, il faut admettre que Wölfflin dans ses analyses renvoie le style classique à la pérennité de l’état et le style baroque à l’éclat de l’événement: «Son intention est d’atteindre non pas à une perfection du corps architectonique, à la beauté de la “plante”, (…) mais à l’événement, à l’expression d’un certain mouvement du corps» tandis que la Renaisssance (…) vise partout à la permanence et à l’immobilité.» (Renaissance et baroque, p. 134). Sinon l’événement n’a pas – à quelques exceptions près: Valéry, Foucault, Deleuze – la place qu’il mérite. La relation de l’événement au discours est pour ainsi dire tautologique: qu’est-ce qui est à communiquer à l’énonciataire, en un mot à discourir, sinon ce survenu qu’il ignore ? En effet, l’événement est le corrélat objectal du survenir. L’appartenance de l’événement au champ catégoriel de la tensivité est, en première approximation, triple: (i) eu égard au paradigme des modes d’efficience confrontant le survenir au parvenir, l’événement présuppose le survenir; (ii) rapporté à l’alternance entre l’implication et la concession, l’événement a pour assiette la concession, de sorte que la supériorité attribuée à la concession doit également être étendue, aux dépens du prosaïsme des états, à l’événement; (iii) enfin, si l’intensité est un syncrétisme résoluble en sub-valences de tempo et de tonicité, il doit en aller de même pour l’événement: le tempo de l’événement est bien entendu vif, mais qu’est-ce à dire au juste? la célérité du survenir détermine pour le sujet sidéré comme un temps négatif, croissant qui rejette le sujet hors de son “soi” ; pour la tonicité, elle est extrême, puisque la concession, laquelle est au principe de l’événement, a cette vertu d’amplifier et de maximiser la tonicité vécue; cette saturation de la tonicité signifie pour le sujet une “tempête” modale qui voit le subir supplanter l’agir: médusé, le sujet constate que la contenance modale, qui lui permettait de faire face en développant un contre(contre-programme), s’est évanouie.

Objet

La langue française ne dispose pas comme la langue allemande d’un couple de termes: Gegenstand/Objekt, permettant d’entrée de prévenir certains malentendus. Comme pour bien d’autres termes, la sémiotique, tard venue comme discipline rigoureuse, a été précédée par la philosophie et pour ce point particulier par l’épistémologie. Dans la perspective hjelmslevienne, l’approche de l’objet se veut strictement cognitive et ne conserve de l’objet que sa texture relationnelle: «Les “objets” du réalisme naïf se réduisent alors à des points d’intersection de ces faisceaux de rapports; (…)» (Prolégomènes, p. 36). Avec la définition de la structure, cette proposition constitue la charte du structuralisme “raisonnable”. Mais la conséquence que Hjelmslev en tire plus loin: «Il se constituerait ainsi, en réaction contre la linguistique traditionnelle, une linguistique dont la science de l’expression ne serait pas une phonétique et dont la science du contenu ne serait pas une sémantique. Une telle science serait alors une algèbre de la langue qui opérerait sur des grandeurs non dénommées (…)». (Ibid., p. 102) aboutit à confier la phonétique et la sémantique à la substance et dans une certaine mesure à les disqualifier. La conception de l’objet avancée par la sémiotique greimassienne est tributaire du primat accordée à lanarrativité. Mais si l’on convient, ainsi que le recommandait Greimas lui même, de “sortir de Propp”, la problématique de l’objet se présente sous un jour nouveau. La démarche consiste à rapatrier l’objet dans l’espace tensif et à observer ce qui se passe en intensité et enextensité. En intensité, l’objet de valeur est détenteur de l’«accent de sens» (Cassirer): «Le mythe s’en tient exclusivement à la présence de son objet, à l’intensité avec laquelle celui-ci assaille la conscience à un instant déterminé et prend possession d’elle.» (La philosophie des formes symboliques, tome 2, p. 57). Corrélativement, l’objet se définit par le quantumd’imprévu qu’il projette en se manifestant: «Le seul noyau un peu ferme qui semble nous rester pour définir le mana est l’impression d’extraordinaire, d’inhabituel et d’insolite.»(ibid., p. 103). En extensité, l’objet, dans la mesure où il est soumis aux opérations de tri et de mélange propres à la syntaxe extensive, se définit par ce que nous suggérons d’appeler son coefficient de composition en discours; cet indice est faible, voire nul, quand c’est une valeur d’absolu qui est traitée; il est élevé, voire infini, quand il s’agit d’une valeur d’univers. Ces deux déterminations constituent le plan du contenu de l’objet; les autres caractéristiques de l’objet relèvent du plan de l’expression de l’objet. Il serait souhaitable de réserver le terme d’“objet” au plan du contenu et celui de “chose” à celui de l’expression, mais nous sommes bien conscient que ce souhait est tout à fait irréalisable. S’il fallait à tout prix proposer un motif de concordance entre ces différentes approches, nous dirions que, si la syntaxe intensive nous présente une activation de l’objet et une passivation du sujet, la syntaxe extensive restitue au sujet des possibilités de traitement des objets dans la perspective ouverte par Greimas et Fr. Bastide.

Temporalité

Le corpus des réflexions et des analyses relatives à la temporalité appelle une décision, peut-être un parti-pris. Nous avançons l’hypothèse que la temporalité est dans la dépendance des modes d’efficience, ce qui revient à dire qu’il y a un temps du parvenir et un temps du survenir. La morphologie et la syntaxe sont ici indissociables. Le temps du parvenir étant long, le sujet est porté à l’abréger dans le dessein de “gagner”, de “récupérer” du temps, dans l’exacte mesure où le temps du survenir étant bref, voire instantané, le sujet est désireux de l’allonger :

 temporalite

Tensivité

La tensivité n’est rien d’autre que la relation de l’intensité à l’extensité, des états d’âme aux états de choses. Pour autant qu’on puisse l’entrevoir, la raison d’être d’un système, sémiotique ou non, réside dans le contrôle, la grammaticalisation d’une altérité: entre procès et système pour Hjelmslev, entre syntaxe et sémantique pour Greimas. Il est question d’établir entre deux entités plurielles, nombreuses, des échanges, une circulation, de fixer les règles grammaticales d’une bonne “communication”. Ce qui suppose que les deux entités soient analysables en unités stabilisées, comme le précise Saussure dans les pages définitives qu’il consacre à la centralité de la valeur dans le CLG. C’est en ce sens que, par raccourci, il nous est arrivé d’écrire que la tensivité n’était que le commerce de la mesure intensive et du nombre extensif. En effet, à l’instar des notes en musique, nos affects sont d’abord, peut-être seulement la mesure des transformations que les événements provoquent en nous, tandis que sur la dimension extensive, celle des états de choses, nous procédons, à partir des classifications propres à notre univers de discours, à des transferts d’une classe à l’autre conduisant à des dénombrements plus ou moins précis: faut-il inclure, comme beaucoup de sociétés se sont posé la question, les insectes dans la classe des animaux? le vent dans la classe des êtres animés?

Valence

Comme le terme d’isotopie, forgé à partir de l’adjectif “isotope” courant en chimie, le terme de valence est importé du vocabulaire de la chimie. À notre connaissance, cet emprunt est d’abord le fait de Cassirer dans La philosophie des formes symboliques:«Cette transformation a lieu lorsque des significations – ou des “valences” – différentes sont attribuées aux différents moments du devenir fuyant.» (Philosophie des formes symboliques, tome 3, p. 178.). Grosso modo les valences occupent dans l’hypothèse tensive la place dévolue aux sèmes jusque-là. Toutefois, les valences se distinguent des sèmes sous quatre rapports au moins. Les valences seraient en nombre fini, ce qui n’est pas le cas des sèmes, même si dans les années 70 il était admis, par analogie avec les succès de l’analyse phonologique, qu’une vingtaine de paires de sèmes suffirait pour décrire la totalité des microunivers sémantiques existants. L’affirmation de la finitude de l’inventaire des sèmes se heurte au fait que pratiquement les sèmes se confondent avec l’inventaire ouvert des adjectifs dits qualificatifs en langue. En second lieu, les valences sontinterdéfinies, isomorphes et solidaires les unes des autres en vertu de relations de dépendance strictes. En troisième lieu, les valences s’inscrivent dans l’espace tensif, lequel est une “image” plausible du champ de présence, ce qui n’est pas le cas des sèmes. Du point de vue figuratif, si les sèmes sont des traits et des participes passés, les valences sont plutôt des vecteurs et des participes présents en devenir aussi longtemps que l’aspectualité n’a pas stoppé leur élan.

Valeur

Le concept de valeur demeure quelque peu déroutant: en effet à peine sacentralité est-elle affirmée que le concept se dérobe et se disperse. Dans le Cours de linguistique générale, Saussure identifie valeur et différence et pose la signification comme différentielle. Hjelmslev ignore pratiquement le terme et la négativité foncière que Saussure lui impute. Pour Greimas, le terme intéresse les structures narratives de surface à un double titre: la quête de l’objet de valeur par le sujet de quête au principe du récit et du mythe et la constitution de l’objet de valeur qui est l’une des tâches de la culture. À partit de ces acquis, le point de vue tensif avance deux propositions: dans le plan du contenu, une valeur est analysable-définissable comme intersection de deux valences distinctes: une valence intensive et une valence extensive. En second lieu, un paradigme est ébauché lequel distingue, sous bénéfice d’inventaire, entre des valeurs d’absolu visant l’exclusivité et des valeurs d’univers visant la diffusion, donc symétriques et inverses des précédentes: ici priorité accordée au mélange, là au tri.

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En el siguiente enlace pueden leer los textos que Pierluigi Basso (Presidente de la AFS) y Jacques Fontanille (CeReS) han escrito en su honor: Claude Zilberberg

 

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