“Secret et transparence chez Wikileaks”, Jorge Lozano en INAGLOBAL (n.º4)

INA GLOBAL n. 4 Décembre 2014

Dossier Secret et Transparence

Depuis Habermas (1976), la transparence est vue comme une dimension constitutive de la démocratie : publier les documents administratifs d’un gouvernement, par exemple, permet aux citoyens de juger de la validité de son travail. Le critère de transparence vise à révéler ce qui était caché : mettre ainsi fin au secret. Cela implique le dépassement des intermédiaires – entre citoyens et activité politique, par exemple – d’un côté, et un mythe de la vérité et de l’objectivité, de l’autre. Nous arrivons, par exemple, directement au politique, en exerçant une démocratie directe à travers Internet – ou aux relations internationales à travers la diffusion des communications grâce à Wikileaks. Mais l’on accède également aux faits grâce aux statistiques basées sur les données dépassant ainsi l’intermédiaire du journalisme (dans le data journalisme) ou au passé grâce à l’accessibilité des archives pour le grand public, dépassant la médiation du discours historique.

Le dépassement de l’intermédiaire implique en outre la délégation à la technique de l’activité de publication. C’est la technique qui est chargée de donner accès aux objets censés avoir la source du savoir (les documents, les archives, les données, les leaks, etc.) Cela explique le succès de cette notion depuis l’arrivé du numérique et la mise à disposition d’une grande quantité de données (les Big Data). Transparence et secret, aujourd’hui, ne peuvent pas être interrogés sans faire référence au numérique, à son pouvoir d’accessibilité et, aussi, de multiplication de données.

Le concept même de transparence repose alors sur une ambiguïté qui est en même temps son caractère définitoire : le verre d’une fenêtre, par exemple, afin de pouvoir nous montrer un paysage, doit disparaître, se dissimuler. Cela implique que l’on montre ce qui se trouve au delà mais que l’on cache le moyen nous permettant d’y accéder. Afin d’être transparent, le camouflage semble alors nécessaire… De la même sorte, la notion de transparence aujourd’hui, semble reposer sur la neutralité de la technique et le camouflage des dispositifs numériques qui mettent les données à disposition. L’interface numérique semble alors donner à voir sans se faire voir. Dans le data journalism, par exemple, le dispositif de visualisation des données est souvent perçu comme neutre, non signifiant, comme s’il nous permettait de visualiser des données brutes, non interprétées.

La transparence semble alors acquérir un pouvoir idéologique (de structuration des valeurs) sur certains choix politiques ainsi qu’un pouvoir d’orientation du débat médiatique contemporain. Le dossier vise à approfondir cette notion et son développement d’un point de vue conceptuel en premier lieu, à travers l’analyse de cas (Wikileaks, l’audiovisuel, le Big Data et l’Open Data) et des conséquences ensuite (comme, par exemple, les implications d’un régime de la transparence pour nos traces numériques ou pour la constitution des identités en ligne).

Sommaire

Ophélie Hetzel – linguiste, École de Communication Visuelle
Encadrement sémantique et historique du terme transparence.

Jorge Lozano – professeur en communication, Universidad Computense de Madrid
Secret et transparence chez Wikileaks.

Marie France Chambat Houillon – sémiologue, Université Sorbonne Nouvelle
Secret et transparence dans les médias audiovisuels.

Gianni Vattimo, philosophe
La société transparente à l’ère d’Internet – Interview par Matteo Treleani

Armand Mattelart – professeur en communication, Université Paris 8
Libertés, (cyber)contrôle, quelles dynamiques à l’œuvre ?

Jean-Pierre Manach – journaliste
Médias et lanceurs d’alerte : des relations ambigües ?

Florence Hartmann – journaliste
Qui sont les « lanceurs d’alerte » ? Comment œuvrent-ils et pourquoi ?

Interviewes / Encadrés

Fabrice Arfi, journaliste Médiapart
Interview par Philippe Thureau-Dangin

Glenn Greenwald, journaliste
Interview par Philippe Thureau-Dangin

Antoine Peillon, journaliste La croix
La question de sources et la « maitrise » des sources.

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